J’ai assez mal dormi cette nuit.
Pourtant les bouchons d’oreille sont très efficaces, mais l’excitation du
départ, le lit, le sac de couchage un peu trop chaud et enforme
« momie »…et la soupe de haricots qui se révèle d’une efficacité
redoutable – je ne peux m’empêcher de penser que plus de la moitié des
présents on mangé comme moi, la quantité de gaz répandue dans le dortoir doit
être phénoménale – mes émissions personnelles dureront jusqu’au petit matin
avec une régularité impressionnante.
Vers 3h30
je dois me lever pour aller aux toilettes. Il y a du monde en bas, tout
habillé, prêt à partir – je n’en crois pas mes yeux.
Les
premiers à jouer de la torche électrique partent dès 4 heures du matin, dans
la nuit noire ; Je ne comprends toujours pas pourquoi.
Le réveil
officiel est sonné par l’hospitalero
à 6 heures, d’abord une petite musique religieuse, suivi par un éclairage
progressif tout en douceur.
7 heures – mes premiers pas de peregrinos sur el camino – un café soluble et trois madeleines en guise de petit déjeuner – il y a un peu de brouillard mais on aperçoit des déchirures à l’Est. Rapidement le soleil pointe et nous accompagnera sur le chemin.
Le cheminement en sous bois est agréable, le sol souple des pluies de la veille reste assez ferme. Assez vite la musique change en abordant les premières descentes dans la boue, abruptes, glissantes...les traces de boues sur les shorts de certains attestent de glissades incontrôlées.
En
approchant de Zubiri, après une vingtaine de kilomètres, la pente se fait encore
plus dure, un petit enfer de 4 km qui fait mal aux jambes.
Le chemin est traversé de ci de là par des petits ruisseaux qui nous barrent la route. Le chemin devrait se faire « à gué » mais les pluies ont gonflé les cours d’eau. Ces épisodes pluvieux ne sont pas exceptionnels, c’est prévu : de longues pierres sont disposées sur le coté pour constituer une passerelle pour les piétons, les vélos eux ont le droit de se mouiller les pneus.
L’auberge n’est plus bien loin, vers 14h 30 nous entrons dans Larrasoana après 26 km et 450m de dénivelé de descente, C’est pas si énorme que çà, mais le sac pèse, et demain il faudra repartir, et le lendemain suivant et encore et encore…
L’Albergue est petite, avec un étage.
Nous sommes au premier. Les sanitaires et douches sont dans un
« algeco » dans la cours. Un seul bungalow, hommes et femmes
mélangés. Compte tenu de la taille des cabines on doit se dévêtir, et ensuite
se sécher en commun : première expérience de vie en communauté ou il
faut un peu oublier pudeur et
voyeurisme.
Après la douche se sera la lessive ; le soleil et le vent vont permettre de sécher les vêtements en quelques heures.
Comme
prévu, les premiers bobos font déjà leur apparition : une ampoule au
petit orteil droit pour moi – c’est une réédition de l’ampoule que je m’était
faite avant même le départ – et deux petites ampoules sur le dessus du pied
pour Bernard. Il ne faut pas prendre ces avertissements à la légère et les
« compeed » sont mis à contribution.
D’autres
pèlerins s’affairent aussi dans les trousses à pharmacie et j’aperçois
quelques pieds dans des états pas bien sympathiques
Après
quelques heures de repos, le pèlerin qui se rend au restaurant se reconnaît
facilement : tenue « rando » en short, bermuda ou pantalon de
marche, sandales ou claquettes, tee-shirt et surtout une démarche très
étrange ou chaque pas semble artificiellement douloureux et lent, ou chaque
déroulé du pied s’accompagne d’une claudication précautionneuse.
Le menu pèlerin
est affiché à 10€. Un peu cher par rapport à ce que nous rencontrerons par la
suite, mais après le repas médiocre d’hier soir c’est bien agréable.
Les
premiers contacts se nouent, en particulier avec deux Belges Flamants, qui,
contrairement aux idées reçues parlent parfaitement le Français.
A 21h tout
le monde est couché et je plonge dans le sommeil sans difficulté



