Ce matin
c’est Bernard qui me réveille en me secouant par l’épaule : 6h30. Tout le
monde est déjà levé et s’agite depuis pas mal de temps sans troubler mon
sommeil préservé par les boules « Quies »
Deux
madeleines et un peu d’eau et nous revoilà à pied d’œuvre. Le ciel est clair
et le soleil nous pousse dans le dos vers Alto del Pardon, 400m de dénivelé
en 9 kilomètres.
La montée
s’avère moins difficile que je ne l’appréhendais mais plus nous approchons du
sommet plus le ciel devant, à droite, à gauche, s’assombri.
Sur notre
droite une armée d’éoliennes monte la garde, blanches sur un ciel d’encre.
Au sommet,
au pied d’un calvaire nous retrouvons le trio d’hier soir, Françoise et
compagnie sont là. Ils s’équipent des ponchos et s’apprêtent à repartir.
Le temps
pour nous de faire quelques photos devant les silhouettes d’acier, assistés
de bonne grâce par Françoise qui tient l’appareil et il est temps de nous
équiper aussi.
Grand bien
nous fasse, quelques gorgées d’eau, ranger les lunettes de soleil. Les
ponchos ne sont pas encore ajustés que les premières grosses gouttes
explosent autour de nous.
La
descente se fera sous l’orage. L’an dernier, Bernard marchait ici en sandales
à cause des ses multiples ampoules aux pieds, cette année l’expérience sera
nouvelle. Nous pataugeons dans un torrent de plus en plus boueux en glissant
sur les gros galets.
Urtega. Nous sommes imbibés et le
premier café que nous trouvons nous accueille. Nous ne sommes pas les
premiers : la foule des tètes connues et moins connues est là : le
Hongrois qui marche maintenant avec le photographe « fou » qui
mitraille tout ce qui bouge avec son appareil à pellicules, les deux Flamants, Françoise, Maurice et Roland et d’autres
encore.
L’auberge
est de l’autre côté de la ville. La traversée n’est pas bien longue. Nous
enjambons le pont – superbe et affrontons la dernière petite cote, courte
mais sévère.
7€ pour la
nuit, possibilité de prendre le repas sur place : 9€ ainsi que le petit
déjeuner demain matin. Une bonne nouvelle.
C’est
propre, c’est clair. Avec le trio que nous retrouvons, nous nous groupons
pour une machine à laver et le sèche linge. Ma ceinture de cuir à déteint sur
le short : impossible à récupérer. Il faudra que j’abandonne cette
ceinture ou j’accrochais la gourde que je parviens à passer sur la ceinture
du sac à dos.
Dans la
chambre nous faisons connaissance avec un Français bien mal en point :
sa cheville droite est enflée et il ne peut pas poser le pied par terre malgré
les bandages et les anti-inflammatoires.

Il a une tendinite depuis plusieurs jours ; en fait il l’a depuis la
France et n’a pas marché un seul des 75 kilomètres qui nous sépare de la
frontière espagnole, par saut de puces en taxi ou en bus il avance, ne
pouvant en principe pas séjourner plus de 24h dans une auberge. Il veut
continuer malgré tout. Nous essayons de le convaincre qu’il vaudrait mieux
pour lui, dans sont état de rentrer pour se soigner, mais rien n’y fait. Nous
ne connaissons pas les raisons de cet entêtement et çà ne nous regarde pas
mais ce n’est pas du tout raisonnable. Demain matin il tentera de négocier
une nuit supplémentaire à l’auberge – je ne sais pas ce que sera la suite de
son pèlerinage.
Mon
Portable est enfin débloqué. Il semblerai que ça n’a pas été si simple avant
qu’un employé d’Orange révèle à Geneviève que l’international ne pouvait en
principe pas être activé durant le premier mois d’abonnement (il faut sans
doute s’assurer que les factures sont honorées) – finalement il fait ce qu’il
faut et maintenant çà marche. Heureusement d’ailleurs car le portable de
Bernard tombe en panne : batterie morte.
En ville
Bernard rencontre un groupe de randonneuses qu’il connaît – Oloron n’est pas
si loin – et qui donne des nouvelles d’un couple de ses amis partis par
l’autre voie par le col du Somport. On aurait du se retrouver ici ou les
chemins se rejoignent, mais ils avancent plus lentement que prévu et sont
encore loin. Je ne ferai donc pas leur connaissance cette fois.




