On devait
s’arrêter à Ribadiso. Nous poursuivrons jusqu’à Arzua.
La ville
n’est qu’à quelques kilomètres plus loin. Ribadiso n’est pas une étape, juste
une auberge au fond d’une cuvette au bord de la rivière. Un lieu mythique me
semble t’il ou les pèlerins se baignaient et lavaient leurs vêtements pour se
débarrasser des scorie de la route avant d’entrer à Santiago.
Maintenant il y a des douches, des machines à laver et cette tradition n’est même plus dans les mémoires.
Du coup,
l’étape sera un peu plus longue, 30 km environ, toujours environ car rien
n’est plus faux que les distances annoncées
Le ciel
s’est couvert mais n’est pas menaçant. La température se fait douce et le
chemin imprime son empreinte de montagnes russes sans douceur. nous suivons
sa volonté de grimpettes, au milieu des bois, de descentes à pics au milieu
des bois, regrimpettes au gré des collines. Il sait ou il va, ou il nous mène.
Nous le suivons.
Le chemin
vers le champ des étoiles ( Compo
Stella)est assurément le chemin des senteurs. Les roses qui bordent les
maisons embaument. Les eucalyptus envoient leurs huiles essentielles, les
pins aussi, ainsi que les fougères. Parfois un bouquet de chèvrefeuille se mêle
à une bouffée de fleur des champs. Ici d’autres effluves plus
agressives : fumier de vache qui se dispute la place avec l’acide d’un
élevage de volailles. Là, sans prévenir, la fumée d’un feu de bois cède la
place au café qu’on torréfie ou du pain qu’on grille. Peu ou pas d’odeur de cuisine qui mijote, il est trop
tôt sans doute. Nous devrions marcher le soir, à l’heure du souper pour humer
ces parfums, et d’autres parfums insoupçonnés aussi sans doute.
Chaque
passage près d’une zone humide nous vaut un concert de batraciens en rut.
Puissant, varié des plus graves aux plus aigus, coassements brefs saccadés,
notes tenues , longues d’une partition sans cesse réécrite. Nous
rencontrons même une piscine à grenouilles, toutes pattes en éventail,
flottant la tête hors de l’eau et donnant de la voix à qui mieux mieux. Notre
présence ne semble pas les troubler.
Le chemin
s’étire. Les descentes succèdent inexorablement aux cotes.
Arzua
compte trois auberges dont deux privées toutes neuves. Dans un fol espoir de
confort nous optons pour le privé. Toutes deux sont des sortes de grand hall
plus ou moins mal aménagé au rez--de-chaussée d’immeubles neufs, chères (10€)
et les lits sont superposés, disposé en petits groupes séparés de demi
cloisons en dur pour l’une, de rideaux pour l’autre – On n’attrape pas les
pèlerins avec du vinaigre : les lieux sont totalement déserts.
Ce midi,
il est 15heures, on va prendre un verre juste à coté. Bernard, un autre
Bernard Perpignanais, est attablé, un plat de poulpe et une assiette de
frittes – impossible de résister, on commande du poulpe.
Un 4éme
pèlerin, Breton, arrive pour déguster une bière, il ne connaît pas le poulpe,
jamais goûter mais la contamination le gagne aussi et nous voilà en milieu
d’après midi à grignoter des tentacules, sans remords, sans honte, un vrai
pécher de gourmandise.
Les
rencontres se suivent un peu au hasard. Hier soir une Canadienne, Québécoise
à l’accent si particulier, un compatriote ( ?) de Toronto, pur
anglophone, profession : menteur nous dit il, traduire par « avocat
d’affaire », et un Malouin ; les conversations s’entrecroisaient à
table, mêlant l’anglais, le français et les expressions québécoises.
A midi la
France, du nord au Sud, Bordeaux, Hennebont, Rennes, Perpignan, Oloron avec
un record de 81 ans pour Hennebont.


