09 JUIN 2007

Une des étapes les plus courtes, 20 petits kilomètres nous séparent de l’auberge de ce soir. Nous nous levons tard, un record : 7h30, en dépit de l’agitation du balayage des lampes torche dès 5 heures. Une presque vraie grasse matinée. Il ne reste pratiquement personne dans le dortoir quand nous descendons.

Il n’y a pas d’eau chaude, pas de casserole à l’auberge. Le café sera pour plus tard et le petit déjeuner se compose de deux yaourts à boire, à la fraise, mais pas vraiment très bons, une banane et deux biscuits. De quoi assurer quelques kilomètres sans défaillir.

Le démarrage est lent, comme les jours précédents. La première heure échauffe les muscles fatigués qui seront plus efficaces tout à l’heure. Je me félicite de ne pas nous être arrêtés à Ribadiso qui figurait sur notre feuille de route initiale : débuter la journée par cette longue cote n’aurait pas été à mon goût.

Nous cheminons pratiquement seuls, tous les autres semblent partis depuis longtemps. De temps en temps un groupe de cyclistes dévale la pente, sans avertisseur. Il faut se jeter sur le coté pour laisser passer ces bolides.

Plus tard ce seront 5 cavaliers, au trot – mais nous entendons les sabots des chevaux – ils déboulent, les chapeaux de cow-boys vissés sur la tête donnent un air de Western à leur chevauchée. Demain nous les reverrons, dans l’autre sens, de retours de Santiago.

 Le chemin est le même qu’hier, il nous aura précédé, devenant plus sage, moins pentu. La brume enveloppe les fermes et les bois, masque les lointains. Bien vite le soleil prend le commandement, la brume se déchire et le soleil embrase la forêt d’eucalyptus. Rouge, rose, orange, silhouettes sombres en contre jour, le petit matin incendie le paysage.

(même pas drôle – l’été dernier de vrais incendies ont ravagé cette région, souvent le feu n'a été arrêté qu’en frôlant les maisons, laissant des troncs noircis, sinistres.)

Les grands eucalyptus délivrent une ombre claire, pas très fraîche mais parfumée, agréable, bien venue en cette heure encore matinale.

Petit village en vue : Calle de Ferreiros sans doute, mais ce n’est pas certain, l’affichage est devenu aléatoire et on ne sait plus très bien ou nous sommes. Le fléchage par contre est précis, sans faille. Pas un carrefour, pas une bifurcation qui laisse planer le doute plus de quelques secondes. Café matinal -  grande, doble por favor, solo, pas americano – mais comment fau t’il donc le dire ? – y dos empanadas – là çà va, on se comprend.

Les pèlerins sont nombreux dans et hors de ce petit café, comme s’ils nous attendaient.

Plus loin un jardin superbe et rare. Ce n’est que la bordure d’une ferme, sur quelques dizaines de mètres, mais l’amateur que je suis se régale les sens devant l’exotisme de ces grandes inflorescences africaines, cierges fleuris pointant aux nuages, pavots doubles rouges et roses, hortensias blancs et bleus profonds comme des lacs, des fuschias, des marguerites de toutes sortes… 

L’arrivée n’est pas évidente et confirme que les indications de villages sont devenues un peu fantaisiste : on aborde la nationale, discrètement au sol la flèche jaune traverse : El Camino c’est en face. Mais, à demi effacé, à gauche il y a une inscription : Albergue 500m. Le panneau n’indique pas Arca, ni O Pino mais un autre nom, mais c’est bien là, à 500 m à peine sur la gauche.

Plus de la moitié des pèlerins continue tout droit, faisant plus de 3 km en contournant le village pour finalement revenir ici, d’autres, constatant leur erreur préfèrent continuer.

Midi – l’auberge n’ouvre qu’à 13h. Nous avons bien fait de prendre notre temps ce matin. Nos sacs prennent la file en 8ème position et nous allons à l’épicerie, tout près, acheter de quoi nous restaurer en attendant l’ouverture.

Les deux Belges Flamants, revus hier soir et aussi au café se matin passent devant l’auberge. Ils nous font un petit signe de la main et poursuivent la route jusqu’à Monte do Grosso, à 5 km de Santiago, 15 kilomètres qu’ils n’auront pas à parcourir demain, mais la perspective de dormir à Monte do Grosso, cette énorme auberge de quelque 800 lits ne me tente pas.

La file des sacs s’allonge de façon impressionnante et il n’est pas encore 13h

Song Seok-Chun est là. Nous croisons souvent son pas si caractéristique, asiatique en somme, efficace, rapide, silhouette reconnaissable entre mille. Souvent nous partageons la même auberge. Il marche plus vite que nous et nous n’avons pratiquement jamais cheminé ensemble plus d’une dizaine de mètres. Les contacts restent distants, difficiles. Il semble avoir envie de parler mais reste sur sa réserve.

Hier, alors que je massacrai 3 mouvements de Tai-chi, il s’est gentiment moqué de moi, fait deux ou trois mouvements, a souri et s’est éclipsé. Nous avons finalement pu échanger quelques mots. Après Santiago nos épouses nous rejoignent, lui, restera 2 ou 3 jours sur place, poussera sans doute jusqu’à Finistere (en y allant en voiture nous l’avons aperçu sur le chemin à la sortie de Santiago – buen Camino Song.) puis en passant par Paris rentrera à Séoul  ou il est businessman dans le « trading »…

Quelques contacts, un peu superficiels aussi avec un jeune ( 30 ans ?) Brésilien qui avance à petits pas nerveux et rapides. Il marche vite. Il passera quelques jours à Salamanque chez un parent avant de repartir au Brésil. Son Chapeau m’intrigue. Il ressemble aux coiffures de la police montée Canadienne comme on en voit au cinéma. En fait c’est le chapeau des gardes forestiers Brésiliens, peut être est-ce sa profession ? En tout cas la coiffure est très efficace contre le soleil et la pluie si j’en croie le propriétaire. 

C’et la fête au village, la fête du « pulpo » qui semble être le plat régional de la Galice. Tout ou presque sera fermé ce soir à l’exception de 2 bars. En Bas, pas loin de l’église il y a des manèges et on installe une scène. En cherchant un lieu de restauration pour le soir nous rencontrons Geneviève. Nous nous sommes croisés plusieurs fois en chemin sans vraiment faire connaissance. Elle est née à Floirac, ses parents ont habité à Saint Médard – que le monde est petit. Elle vit en Bretagne – nos parcours se sont inversés -  près de Daoulas ou elle serait «  la meilleure crêpière ». Un jour je vérifierai peut être.

Elle souffre beaucoup en marchant et il lui tarde que çà se termine. Elle est parti de la Pointe St Mathieu, l’autre bout du bout de la Bretagne avec la Pointe du Raz : çà fait pas mal de kilomètres dans ses petites jambes de petit bout de femme d’1m50.

En flânant, en arrivant place de la mairie il y a foule, des sièges, un scène, des musiciens qui se mettent en place : Ce soir Concert de Bandas. Instruments à vent et percussion pour un programme ambitieux : des classiques espagnols, Tchaïkovski,…une sélection d’œuvres pas si faciles orchestrées de main de maître. Le publique n’est pas forcément adepte, pas préparé et parle beaucoup couvrant les accords les plus doux.

Le restaurant  que nous avions repéré n’ouvre pas et nous devons nous rabattre vers les bars. Au premier un groupe de pèlerins nous averti que si nous ne sommes pas trop pressés…, on entre, çà s’agite en brassant de l’air, la désorganisation semble à son comble et nous préférons passer à coté ou nous avions pris un verre de cidre avec Geneviève.

Elle est à table et consulte la carte ? Nous nous glissons à sa table.

Repas sans histoire. Les manèges, les concerts se sera pour une autre fois

9h dodo