AVERTISSEMENT
Les propos qui suivent peuvent ne pas être à votre gout. Ils peuvent choquer les plus croyants d'entre vous. Veuillez m'en excuser , je n'ai ici cherché à blesser personne.
Ce ne sont que les réflexions, quelques semaines après la fin de ce périple, les propos d'un "non croyant"» qui n'a pas été touché par le doigt de Dieu ni des dieux
POST SCRIPTUM
Le voyage
est terminé.
Il y a
bientôt deux semaines que la « compostella » m’a été délivrée à
Santiago.
J’ai
retrouvé mon quotidien après quelques jours de flottement.
J’ai
retrouvé la famille, les relations.
J’ai
retrouvé aussi le questionnement des autres.
Combien de temps,
combien de kilomètres, quelle vitesse, quelle longueur les étapes ?
Je ne sais
même pas répondre à ces combien tant cela m’indiffère. Ce chemin que j’ai
parcouru ne peut pas se résumer en termes comptables, en chiffres. C’est tout
autre chose.
Bien. Et maintenant que
tu as dit çà ! C’est quoi ?
Alooooors !
Raconte ………..
J’ai relu,
complété les notes de mon journal. J’ai retranscrit ici, sans (presque) rien y
changer. J’ai juste ajouté quelques détails qui me sont revenu en regardant les
photos. J’ai aussi censuré (un peu) un passage trop méchant. L’essentiel est
resté. L’esprit est resté.
En me
relisant j’ai l’impression d’avoir souffert durant ce voyage. Pourtant ce n’est
pas ce qui m’en reste. J’ai plus un sentiment de grande sérénité que des
souvenirs de galères.
Et alors ? Le
Chemin t’a Il Changé ?
Je n’ai pas
l’impression d’avoir Changé. Je suis même persuadé qu’on ne change Jamais. La
personnalité est en place dès la petite enfance et sauf traumatisme, ne change
plus.
C’est désespérant comme
pensée !
Non, pas du
tout. Ce qui change alors ? La vie nous apprend à composer, composer avec
le monde, avec les autres, avec la société. On s’enrichi de cultures. On teste
des comportements, on apprend à vivre et survivre dans un monde. Rien d’autre.
Ce n’est pas
de marcher quelques semaines, fut-ce sur un Chemin mythique, qui modifie la
nature humaine. Marcher permet de s’isoler dans sa tête. Marcher, même quelques
heures, une simple rando, permet une certaine introspection, tous ceux qui ont
marcher en montagne le savent. Marcher longtemps, pendant des jours et des
jours apporte les mêmes effets, ni plus, ni moins. Simplement on est un peu
plus détaché de la vraie vie, de ses contraintes et de ses miroirs aux
alouettes. Ici point de journaux, de radio, de télévision. Point de faux
semblants non plus : l’homme ou le femme à l’état naturel,fragiles et
forts à la fois, sans maquillage, sans carapace protectrice, sans rien à
prouver à personne.
Je ne pense
pas qu’on puisse vivre la même expérience, avec toute la richesse de ces
rencontres en cheminant à vélo ou à cheval. Je ne pense pas qu’on puisse vivre
la même expérience à partir en groupe. Je ne pense pas qu’on puisse vivre la
même expérience en effectuant le voyage en plusieurs fois. Et après ? Cela
a t’il la moindre importance ?
Nous même
avons fait deux pèlerinages. Le premier de Roncevaux à Burgos, le seconde de
Leon à Santiago. Les 2 heures de train qui ont séparé ces deux pèlerinages ont
été une rupture absolue. Un avant, un après. Autres lieux, autres gens, autres
expériences, autres mœurs.
Oui, on fait
des rencontres. Ce ne sont pas des rencontres fortuites. On ne rencontre pas
tous les pèlerins. On rencontre ceux avec qui on peut partager quelque chose,
une affinité commune. Ceux qui ne partagent pas ce « quelque chose »
on ne les voit même pas. Simplement le chemin est un lieu privilégier ou se retrouvent
plein d’hommes et de femmes qui sont là, esprit ouverts aux autres,
disponibles. Les rencontres sont favorisées.
Contrairement
à ce que nous pourrions penser en regardant la liste des nationalité, il n’y a
pas non plus de véritable chocs culturels : tous ceux qui sont là,
d’Amérique du Sud, d’Asie, Europe, d’Amérique du Nord ou d’Afrique ont une base
culturelle judéo-chrétienne commune, un socle commun de compréhension mutuelle.
La relation s’établi sur ce socle et s’en échappe peu.
Le Chemin
est un univers clos. Il a ses règles, ses us, ses coutumes. Il a son langage et
ses codes. Comment cela se perpétue t’il ? La présence des hospitaleros y
est sans doute pour beaucoup. Un assez grand nombre de pèlerins font le chemin
pour la seconde troisième ou nième fois. Ils sont les colporteurs des valeurs
et codes de la communauté. Internet aussi joue ce rôle maintenant en se faisant
relais des récits, support de forums, vitrine d’associations. Avant, je
suppose, la transmission se faisait plus par le récit de pèlerins de retours
dans leurs villages, à la messe ou à la veillée. Le cinéma, le livre, la
télévision aussi ont pris le relais.
La religion ?
Il est
difficile de faire le chemin de Compostelle sans se trouver en contact avec le
religieux, parfois le religieux le plus mystique, mais le plus souvent le
religieux n’est plus que décor.
J’ai
assister à deux messes, le premier et le dernier jour. Que dire de la vacuité
que j’ai ressenti, de l’ennui incommensurable qui m’a habité pendant ces longs moments.
Comment être touché par ces verbiages inutiles, ces incantations dans des
langues inconnues, ces chants insipides adressés aux voûtes d’un édifice.
Si Dieu
existe il ne s’est pas montré. Encore que, si peut être :
Une pensée
m’est venue : paraphrasant la Genèse : « Et l’homme créa Dieu à
son image » et celui là était bien présent, partout, dans les rues, dans
les églises.
Et en voyant
Dieu j’ai vu l’homme, j’ai vu l’image de l’homme vue par l’homme et j’ai frémi
de peur.
Que penser
de l’homme en visitant les églises du Camino ? outre les dorures, les
pierres précieuses, sans parler de l’énergie et des sacrifices que représentent
ces joyaux d’architecture, je fus frapper, c’est le mot qui convient, par la
violence de l’iconographie, par l’aspect sanguinolent des statues, par ces
christ torturés plus que de raison, au-delà des récits de la bible .
Crucifix exhibant mille blessures, Saint torturés exposés avec complaisance.
Comment reprocher la violence, comment déplorer que le cinéma et la télévision
étalent tant de cruauté sur les écrans.
L’homme est
il donc si pervers qu’il lui faille le spectacle de la douleur ?
Le message
d’Amour de l’église ne serait qu’une ode sado-masochiste destiner à former de
nouvelles générations de bourreaux et de victimes.
Le
pèlerinage dans la douleur, c’est sans doute le message du pèlerin de Burgos,
nu, couvert de plaies, devant la cathédrale. La douleur pour châtier le corps coupable,
la douleur pour sauver l’âme. C’est aussi le message de ces deux femmes à
Compostelle : le pèlerinage ne vaut que si on assiste à la dernière messe
sac au dos. Porter les stigmates du Christ pour assurer son salut éternel.
Qu’elle stupidité. Mortification, le maitre mot de certains semble t il, continuer contre toute logique, en dépit de la souffrance, en dépit des blessures. Mortification comme système de valeur. Comment s'étonner, comment encore déplorer qu'un Islam radical prêche le sacrifice, le martyre, comme salut dans l'Au delà. Comment penser que des hommes ou des femmes qui s'aiment aussi peu puissent aimer les autres.
J’ai
pourtant rencontré des hommes et des femmes soucieux de leurs compagnons de
route.
Ces mêmes
hommes et femmes qui le reste de l’année, dans l’indifférence, ne saluent pas
leur voisin de palier. Ces mêmes hommes et femmes qui dans les entreprises sont
prêts à « bouffer » le collègue pour prendre sa place, prêts à
« bouffer le concurrent pour une part de marché.
Faut-il donc
appartenir à un club, un groupe pour que la solidarité existe ?
Le club des
Humains est il trop vaste pour être un club ?
Si c’est là l’enseignement
du pèlerinage que n’apprend il aussi comment sortir de ces schémas.
De retours
dans le monde, la radio, la télévision relate les mêmes conflits, les mêmes
stupidités d’ambitieux indécrottables, les mêmes politiques stériles. Les
petites préoccupations quotidiennes semblent bien futiles, et pourtant, dans 2
jours, dans 2 mois j’y serai nouveau plongé comme il y a un mois. Rien ni
personne ne change et le chemin n’y peut rien.
En jetant
tout çà sur le clavier j’ai bien conscience de jeter des idées en vrac, sans
plan préétabli. Comme une vieille malle dans un grenier : c’est plein de
trésors inconnus, de poussière, d’objets inutiles, de jouets cassés. Plein de
photos jaunies, de souvenirs tronqués. On s’atendri un moment, on regarde, on
trie. On veut tout garder, on veut tout jeter. Finalement çà retourne dans la
malle, on referme le couvercle et la vie repart comme avant. La parenthèse fut
heureuse. La promenade fut belle. Les rencontres furent agréables. Il ne faut
pas tout jeter, sans doute ne faut il rien jeter. Ce qui a été vécu imprimera
les expériences à venir d’un sceau plus riche.
Mon chemin
ne s’est pas fait dans la douleur. Bien sur il eu des moments un peu plus
dolosifs, moins riants. J’ai surtout connu des moments de vrai bonheur, avec un
corps qui se sent vivre, en harmonie avec une nature généreuse. Mes muscles ont
forcis, mon ventre à fondu (trop peu). J’ai découvert ou redécouvert les
capacités physiques qui sont les miennes. J’ai découvert les dépassements dont
je suis capable. J’ai retrouvé le plaisir de la vie en plein air. J’ai goûté
les bonheurs simples d’une douche, même froide, après l’effort. J’ai goûté les
joies incomparables de la découverte de mets nouveaux. J’ai plongé le regard
dans une nature belle, formée par le travail de générations d’agriculteurs. Je
me suis émerveillé devant les fleurs sauvages, devant la majesté d’horizons
indomptés.
J’ai échangé
avec des personnes que jamais je n’aurai pu rencontrer autrement. La langue
n’est pas un obstacle, les regards parlent aussi. Cette richesse là ne se
comptabilise pas.
Demain, une
autre année, il est possible que je reparte marcher. Vers St Jacques ? Possible,
par un autre chemin probablement. Vers d’autres destinations ? Pourquoi
pas. Le, les chemins de St Jacques ont un mérite, et non des moindres :
ils sont entretenus, balisés, répertoriés comme nuls autres chemins. On y
trouve des auberges, des possibilité diverses d’hébergements et de repas. On
trouve des guides, des conseils, des associations…bref on trouve des facilités
qu’on ne trouve normalement pas. On y trouve aussi d’autres marcheurs. Jamais
on ne se sent isoler, en danger – même si parfois il y a des pèlerins qui s’égarent
– quelques accidents – C’est aussi ça le Chemin : une formidable
organisation, des volontaires, des bénévoles.
Le Chemin de
Compostelle est aussi une formidable machine économique, et çà on n’en parle
encore que trop peu. Un machine économique qui va finir par tuer le Chemin qui
la fait vivre. Une machine économique qui dénature ce qu’elle touche. L’appât
du gain est maintenant au rendez-vous. Pas partout, mais les prémices sont là,
sournoisement elles sapent les fondements. Le pèlerinage recule chaque fois que
le tourisme avance.
Il existe d’autres possibilités de marcher à travers le monde, plus en harmonie, plus en communion avec les populations locales. C’est une autre vision du monde qui peut aussi se révéler riche d’expériences et de rencontres. Peut être, peut être...aussi longtemps que le désir existe…
LE PELERIN DE CAYAC
Association
des Amis de Saint-Jacques de Compostelle
Gradignan Gironde
j'espère qu'il ne m'en voudra pas de cet emprunt qui par bien des coté ressemble à mon expérience :
Et au retour de Santiago, les questions ont fusé. C’est quoi le Chemin de Compostelle ? Pourquoi es-tu parti, combien de Km en moyenne ? C’était dur ? Comment tu t’es logé ? Et la bouffe.. ? Qu’as-tu trouvé sur ce Chemin ?….Et 6 mois après ton retour, tu en retires quoi ?…
Autant de questions auxquelles j’ai essayé de répondre le plus honnêtement possible, différemment chaque fois en fonction de l’interlocuteur, mais avec le plus souvent l’impression de ne pas aborder vraiment l’essentiel ou en tout cas de ne pas bien le dire, tant le Chemin fait partie des expériences personnelles riches et complexes et à ce titre difficiles à raconter…
Le Chemin de Santiago ?
C’est un peu l’auberge espagnole (sic !) tant il y a conceptions et de visions différentes de cette belle expérience de vie….. J’aurais envie de dire en pastichant la chanson : « Chacun sa route, chacun son chemin, passe le message à ton voisin….. ».
Sans doute est-il plus facile de dire ce qu’il n’est pas plutôt que ce qu’il est.
Tout d’abord, il faut dire que faire le Chemin n’a rien d’un exploit sportif réservé à « ceux qui peuvent » qui ont une « super-pêche »: tout le monde ou presque peut le faire, pas besoin d’une forme physique exceptionnelle. Curieusement, chaque jour qui passe, fait découvrir au fond de nous les ressources nécessaires pour absorber les 25, 30 ou 35 km de l’étape……à condition d’aller à son rythme, d’écouter son corps.
Ce n’est pas non plus un Trek branché, tendance New Age destiné à faire « planer grave », ce n’est pas non plus un raid pédestre sous tendus par l’idée de compétition et de dépassement (physique) de soi.
Ce n’est pas non plus une grande ballade touristique même si les paysages traversés sont magnifiques, chargés d’histoire (celle de l’Espagne, celle de l’Europe) et parsemé de nobles traces du passé :chapelles romanes émouvantes ou de belles églises gothiques flamboyantes….
Il peut être un peu de cela parfois, mais il est fondamentalement bien autre chose.
Alors c’est quoi le Chemin ? Pourquoi part-on et pour qui est le Chemin ?
La encore, chacun sa réponse, tant les motivations et les facteurs « déclencheur » du départ sont variés : démarche religieuse, pas religieuse, dévotion, expiation, demande, recherche d’un Graal, défi, besoin de faire le point, ….Dans le grand QCM des motivations pour Santiago, les cases sont nombreuses et il est possible d’en cocher plusieurs à la fois ! Mais le sait-on vraiment pourquoi on part, ce que l’on recherche au moment de se mettre en chemin ?
Une des plus belles réponses est peut-être le poème écrit sur une palissade blanche par un anonyme peu avant l’entrée dans NAJERA.
Tous ceux qui sont passés par là l’ont vu et très certainement lu, même ceux qui comme moi ne comprennent pas bien l’Espagnol. En tout cas je ne résiste pas au plaisir de reproduire ce texte qui me semble bien exprimer l’ « Esprit » du Chemin.
| « Polvo, barro, sol y lluvia, Es Camino de Santiago. Milares e peregrinos Y mas de un million de anos Peregrino quien te llama Que fuerza oculta te attrae Ni el Campo de las Estrellas Ni las grandes catedrales No es la bravura Navarra, Ni el vino de los riojanos, Ni los mariscos gallegos, Ni los campos castellanos Peregrino quien te llama Que fuerza oculta te attrae Ni las gentes del Camino, Ni las costumbres rurales. No es la historia y la cultura, Ni el gallo de la Calzada Ni el palacio de Gaudi, Ni el castillo Ponferrada. Todo lo veo al pasar Y es un gozo verlo todo Mas la voz que a mi me llama, La siento mucho hondo. La fuerza que a mi me empuja La fuerza que a mi me attrae No se ni explicarla yo Solo El de Arriba lo sabe ! |
Poussière, boue, soleil et pluie C’est le Chemin de Saint-Jacques Des miliers de pélerins Et plus d’un million d’années. Pélerin, qui t’appelle ? Quelle est cette force obscure qui t’attire ? Ni le Champs des Etoiles, Ni les grandes cathédrales. Ce n’est pas la bravoure navarraise, Ni le vin de ceux de la Rioja, Ni les fruits de mer de Gallice Ni les champs de Castille Pelerin qui t’appelle ? Quelle est cette force obscure qui t’attire ? Ni les gens du chemin, Ni les coutumes rurales. Ce n’est pas l’histoire et la culture Ni le coq de la Calzada Ni le palais de Gaudi, Ni le château de Ponferrada Tout cela je le vois au passage Et c’est une joie de tout voir Mais la voix qui moi m’appelle Je la ressens au plus profond. La force qui moi me pousse La force qui moi m’attire Je ne sais même pas l’expliquer Seul Celui d’En Haut le sait |
Nous y sommes !…L’Esprit avec un grand E, la spiritualité, cette Réalité Primordiale de la Vie à laquelle nous (re)devenons d’autant plus sensibles que le monde qui nous entoure peut nous sembler parfois se durcir, se vider de sa substance Humaine…… …..
En effet le Chemin est une aventure spirituelle et il est donc bien difficile d’en parler en termes purement rationnels….Spirituel, voilà un mot bizarre et parfois suspect pour certains. J’ai bien dit spirituel et pas religieux, car la dimension du Chemin dépasse largement le champ du « religieux » pris dans un sens confessionnel et restrictif. Il englobe une vision plus vaste, plus ouverte, à dimension à la fois plus humaine et plus transcendante, qui rassemble les êtres et ne les divise pas…les relie à l’ensemble de l’Univers…..
C’est la « magie » que nous propose Maître Saint-Jacques, apôtre du Christ qui n’a sans doute jamais mis les pieds à Compostelle…….mais qui au Xe siècle a bien inspiré les promoteurs de ce grand pèlerinage chrétien. Une fabuleuse opération de marketing politique avant l’heure, aussi, qui a donné naissance à l’Espagne et construit les bases de l’Europe d’aujourd’hui, grâce au mouvement humain qu’il a provoqué, à la foi de tous ces gueux en partance vers l’hypothétique tombeau de l’apôtre, bravant tous les dangers en chantant : Ultreia !
Beaucoup de ceux qui vont sur le Chemin, se disent agnostiques, d’autres sont chrétiens, d’autres encore appartiennent à la mouvance bouddhiste, …il y a des juifs parfois, mais rarement des musulmans…des humains venant des quatre coins de la planète (qui comme chacun le sait est ronde). Mais tous partagent une sensibilité qui les attire vers ce « Quelque chose » d’immatériel, d’irrationnel, cette Energie Primordiale dont on sent qu’elle se cache dans et au-delà de la matière, cette force créatrice et régénératrice dont nous sentons partout la présence invisible,….cette dimension qui nous dit au plus profond de nous qu’elle est indispensable à la vie, à notre propre vie, à son épanouissement ou à sa guérison.
Cette « chose » que l’on appelle l’Esprit transpire tout au long du Chemin. Le Chemin est un lieu spirituel et magique, qui nous met en contact avec l’Esprit, nous le laisse entre-voir, mais à certaines conditions : s’ouvrir, se dépouiller de ses certitudes, sortir de ses habitudes, prendre le temps de regarder, d’écouter sans pré-juger (donc sans préjugés), les gens, le monde dans sa diversité et sa richesse. A condition encore d’Agir, aussi et surtout, en se laissant guider par d’autres valeurs que celles dictées par l’Ego. Vaste chantier !!!! Et devant l’Ego nous sommes tous à peu près égaux !
Que de diversité rencontrée sur le Chemin : les gens, les choses, les situations, les sentiments, les sensations,……Que de choses sortant de nos habitudes mais qui au fond ne nous sont pas si étrangères que cela car le Chemin nous rappelle sans cesse que nous sommes tous des « humains » en mouvement, en partance, en pérégrination sur le chemin de la vie….
Le Chemin est une invitation à la tolérance, au respect, autrement dit un appel à l’amour de l’Autre et de soi-même.
Le Chemin est miraculeux aussi : le miracle se produit chaque jour, à chaque détour de sentier, au moment le plus inattendu, en se trompant de route, condition indispensable pour permettre la rencontre avec quelqu’un d’inattendu et que l’on se devait de rencontrer, ……en partageant le fond de son bidon avec un « Peregrino » assoiffé, ….en recevant le dernier pansement donné par un autre, qui réconfortera nos pieds défoncés par la caillasse du chemin, ….en trouvant sur le bord du sentier la paire de chaussure neuve dont on avait besoin pour continuer la route,… en se prenant en flagrant délit de « petitesse » dans une circonstance qui appellait la générosité…….
Le miracle est simple et quotidien. Il est présent à chaque instant dans l’attention portée à l’air qu’on respire, à l’ampoule qui se forme, au soleil qui écrase les champs de blé constellés de coquelicots, aux sommets bleutées de la chaîne cantabrique qui se détache dans le lointain, à la cigogne qui caquète sur le campanile d’une chapelle romane, au jambon Serrano partagé avec le compagnon de route allemand qui chantonne des spirituals en anglais (of course), aux vives discussions parfois pour ne pas se faire « piquer » son plumard dans le gîte, au « menu del peregrino » à 7,50 €, simple mais royal , toujours bien arrosé et qui réjouit le cœur du pèlerin, à la fatigue qui amène parfois les larmes (on pleure beaucoup sur le Chemin), à la prière qui devient une attitude intérieure totalement simple et évidente, au « café con leche » offert par un inconnu, à la beauté et à la puissance des voix humaines d’un Chœur qui explose de joie et d’énergie dans la cathédrale de Logrono,…….
Que se passe-t-il pour que notre sensibilité s’aiguise à ce point, nous rende conscient de tant de choses et nous les fasse ressentir plus intensément ?
Il est probable que l’une des vertus de la marche inscrite dans la longue durée, c’est précisément de nous mettre jour après jour dans des conditions (physique et psychologique) permettant que des changements s’opèrent, que nous soyons plus réceptifs à tout ce qui nous entoure, à l’univers dans lequel nous baignons.
Lorsque le corps et le psychique se sont purifiés, grâce aux distances parcourues, aux litres d’eau absorbés, aux graisses superflues évanouies, les effets se font sentir insensiblement, insidieusement pourrait-on dire…alors qu’on était à mille lieues de le soupçonner…
900 km, Santiago !
Le but du Chemin ce n’est pas Santiago.
Santiago n’est qu’une étape souvent un peu triste ou nostalgique car c’est la fin du trajet physique, géographique,…. beaucoup de regrets et de vague à l’âme s’accrochent aux granits de la cathédrale et aux larges pavés de la place de l’Obradeiro.
Le but c’est le Chemin.
Le Chemin, c’est ce long ruban de vie, composé de tous ces instants vécus intensément, qui se sont accumulés seconde après seconde, pas après pas, caillou après caillou, rire après rire, pleur après pleur, rencontre après rencontre….. riche de tout ce qu’on n’avait pas ou pas assez vécu…. depuis si longtemps.
Et qu’est-ce qu’on y trouve au bout ? Probablement jamais ce qu’on avait imaginé au départ,mais souvent beaucoup plus que l’on ne pouvait l’espérer…..
Le bout du « voyage », c’est où, c’est quand ? Pas Santiago, c’est certain, ni même Fisterra , ce port du bout du monde, abrité derrière son cap rocheux défiant l’immensité de l’Atlantique……C’est peut-être tout simplement ce qu’il en reste lorsque l’on est de retour à la « vie normale » et que l’on se rend compte qu’on ne peut plus la vivre totalement comme avant…. Alors, après le Chemin, commence le cheminement….
Dans son livre « Les étoiles de Compostelle » Henri Vincenot fait dire au vieux Druide un peu fou, en réponse à la question de son jeune protégé, Jehan le Tonnerre, alors que celui-ci se demande pourquoi il a fait tout ce chemin : « Mais c’est toi que tu as trouvé, couillon ! »
Quelque soit l’état d’esprit dans lequel on aura démarré le Chemin, il est probable qu’on le terminera en Pèlerin, noble gueux des temps nouveaux, qui après avoir décidé d’abandonner tout ou partie de ses habitudes passées, aura démarré un processus de « marche intérieure » pour tenter de voir et vivre la vie un peu différemment.
Une nécessité après le retour de Santiago : témoigner.
Buen Camino, Peregrino !
Merci Yvon